Anim'Annecy

Blog personnel consacré au Festival International du Film d'Animation d'Annecy

Palmarès 2013

Hop, la semaine est déjà finie ! Le festival était atypique à plusieurs titres : le théâtre relocalisé aux Haras (penser aux coussins pour l'année prochaine), Marcel Jean à la direction artistique, la météo favorable à un ou deux orages prêts... Et comme d'habitude un palmarès que je n'ai pas vu venir !

Dans les longs:

  • Le Cristal du long métrage pour Uma História de Amor e Fúria
  • Mention spéciale pour Ma maman est en Amérique, elle a rencontré Buffalo Bill
  • Le Prix du public pour O Apóstolo

Dans les courts:

  • Le Cristal du court métrage pour Subconscious Password
  • Le Prix spécial du jury pour Obida
  • La Mention pour un premier film pour Trespass
  • Le Prix "Jean-Luc Xiberras" de la première œuvre pour Norman
  • Une Mention spéciale pour Kolmnurga afäär
  • Le Prix Sacem de la musique originale pour Lonely Bones
  • Le Prix du jury junior pour un court métrage pour Feral
  • Le Prix du public pour Lettres de femmes

Dans les TV:

  • Le Cristal pour une production TV pour Room on the Broom
  • Le Cristal pour un film de commande pour Dumb Ways to Die
  • Le Prix spécial pour une série TV pour Tom & The Queen Bee
  • Le Prix pour un spécial TV pour L'Automne de Pougne
  • Le Prix spécial du jury pour Benjamin Scheuer "The Lion"

Dans les Films de fin d'études

  • Le Prix du meilleur film de fin d'études pour Ab ovo
  • Le Prix spécial du jury pour I Am Tom Moody
  • Mention spéciale pour Pandy
  • Le Prix du jury junior pour un film de fin d'études pour Rabbit and Deer

Dans les miscellenaousses

  • Le Prix Unicef pour Because I'm a Girl
  • Le Prix Fipresci pour Gloria Victoria
  • Mention spéciale Fipresci pour Feral
  • Le Prix "CANAL+ aide à la création" pour un court métrage pour Autour du lac
  • Prix Festivals Connexion - Région Rhône-Alpes en partenariat avec Lumières Numériques pour Feral
  • Et enfin le Choix du public d'Annecy pour KJFG No 5, un classique qui résume bien l'ambiance qui règne à Annecy :-)

A l'année prochaine !

précédemment

La Vie de Gusuko Budori

Gusuko Budori est le fils d'un bûcheron et habite dans la forêt avec ses parents et sa sœur Neri. Il va à l'école du village voisin et profite d'une enfance paisible... Jusqu'à ce que le climat se détraque, amenant avec lui une famine dévastatrice. Souffrant de ne plus pouvoir subvenir aux besoins de sa famille, le père de Budori disparaît dans la forêt en pleine nuit. Il est bientôt suivi par sa mère partie chercher son mari. Budori s'occupe de sa petite sœur du mieux qu'il peut mais celle-ci montre assez vite des signes de faiblesse extrême. La situation est désespérée lorsque qu'un étrange personnage, esprit ou démon, enlève Neri pour, dit-il, l'emmener dans un meilleur endroit. Budori se lance à la poursuite du kidnappeur, sans que l'on sache très bien s'il s'agit d'une hallucination ou de la réalité. Exténué, il s'évanouit... et se réveille dans un paysage familier et pourtant différent. Sa maison est devenue une fabrique de soie !

Budori est embauché par un contremaître qui lui explique qu'il lui faut récolter le plus de soie possible afin de pouvoir produire plus de soie, et ce en échange de repas réguliers. Le cycle se brise lorsque les cocons éclosent et des milliers de papillons scintillants se dirigent vers le ciel... Budori revient à lui près de sa maison vide, et qui n'est de fait plus son foyer. Budori part à l'aventure et devient apprenti agronome pour le compte d'un fermier sur le déclin. Lorsque l'hiver vient, Budori est à nouveau contraint de partir.

L'une des scènes les plus marquantes est lorsque Budori s'assoupit dans un train en direction d'une grande ville nommée Ihatov et reprend conscience à la station Galaxy. Il découvre alors une station peuplée d'esprits (assez proche d'une scène du Voyage de Chihiro). Instinctivement, il part à la recherche de sa sœur une nouvelle fois, trouve une grande tour et commence à gravir un escalier en colimaçon. Un ascenseur se met en marche à ce moment là, avec à bord son père et sa mère très probablement décédés. En haut de la tour, un marchand lui prête une paire de jumelles avec laquelle il repère l'esprit kidnappeur. En se rendant sur place, il trouve une salle de spectacle avec Neri à l'affiche. C'est à ce moment là qu'il se réveille.

Budori avance dans sa vie et devient vulcanologue. Lui et ses pairs surveillent les volcans alentour qui sont une menace constante pour la ville. Il découvre bien plus tard qu'en déclenchant une éruption, il pourrait contribuer au réchauffement de la planète et mettre fin aux hivers rigoureux. Il passe un marché avec l'esprit kidnappeur; l'éruption se déclenche en échange de son sacrifice volontaire. Budori sauve ainsi des milliers de ses concitoyens, d'autres Budori et de petites Neri qui n'auront plus à souffrir de la famine.

Le film est difficile d'accès alors qu'il affiche un graphisme assez mignon à travers des chats anthropomorphes et des paysages colorés. Il alterne un monde rural mais sur le point de vivre une révolution industrielle et un monde spirituel que Budori visite régulièrement dans ses rêves, sans que les transitions soient toujours explicites. Il est adapté d'une nouvelle de Kenji Miyazawa, un écrivain philosophe et humaniste devenu culte longtemps après sa mort.

Peu de ses œuvres ont été traduites en français, mais j'ai la chance d'avoir lu Train de nuit dans la Voie Lactée -- dont tout le monde connaît l'adaptation animée très (très !) libre Galaxy Express 999. Les similitudes entre les deux nouvelles étant nombreuses, j'étais mieux armé que la majorité de l'audience qui a vraiment dû se demander ce qui lui tombait dessus !

Tante Hilda

Tante Hilda habite une magnifique serre botanique. Ecologiste convaincue, elle écrit quotidiennement des lettres au Président de la République qui semble un peu trop généreux avec la compagnie internationale d'OGM Dolo. Un savant Russe fou amoureux d'Hilda met par ailleurs au point une plante miracle pour le compte de la Dolo. La situtation devient rapidement incontrolable lorsque ce nouvel organisme est mis sur le marché et commence à détruire l'environnement.

Cette fable écologique est divertissante mais force volontiers le trait au point de parfois brouiller son message. On passe cependant un bon moment en compagnie d'Hilda et des autres personnages hauts en couleurs, Dolorès (Josiane Balasko) en tête. Reste à savoir si le public suivra ce conte pour adultes, bien différent des précédents films de Jacques-Rémy Girerd -- Mia et le Migou et la Prophétie des Grenouilles, entre autres.

Lettres de Femmes

Le coq Marcel est un survivant, un Rambo de la basse-cour, le Roi de Tervueren. Il survit à la grippe aviaire, à des tentatives d'empoisonnement, et même à son fils qui cherche à prendre le pouvoir. Sa vie est un combat, raconte la narratrice avec un irrésistible accent belge.

La suite se révèle plus compliquée. Recycled a nécessité des dizaines de milliers de vieux clichés pris sur une période de trente ans. Scannés puis assemblés, le résultat animé est un patchwork intéressant dont la finalité m'échappe; le réalisateur souhaite t-il montrer le changement ou au contraire son absence ? Je n'ai vu guère de différence entre le début et la fin du film.

On revient sur du classique avec Mademoiselle Kiki et les Montparnos, la biographie d'une môme version animation. Différents styles, différentes époques, un moment d'animation bon vivant.

Carne m'a échappé. Le court suivant est Iranien. Une petite fille délaissée par sa famille trouve du réconfort en s'occupant d'une chatte et de ses trois chatons. En filigrane, le quotidien morne d'une fille dans un Iran conservateur et patriarche.

Le Cosmos sauvera le Monde commence en trompe l'oeil et vaut pour sa chute inattendue tirée d'une histoire vraie. Un court qui parait un peu long.

Ziegenort est un court métrage Polonais prenant place dans la ville du même nom. Le mal être est palpable dans la vie de cet adolescent à tête de poisson. Le graphisme est épuré et la couleur absente, tout en aplats de noir et de blanc comme c'était à la mode il y a quelques années. Le film ne laisse pas indifférent. Un petit prix ?

Lettres de Femmes se déroule durant la sale guerre. Un soigneur utilise des lettres d'amour pour soigner les soldats afin qu'ils puissent repartir au front. Cette méthode efficace mais peu orthodoxe se retournera contre lui lorsque qu'il souffrira lui-même d'une blessure psychologique autant que physique. Un traitement graphique original sert le propos de cette histoire un peu déprimante, qui finira sur une note d'espoir.

Le dernier court, Not Over, n'a aucun intérêt à part celui d'être joli et de détendre l'atmosphère.

Jack et la Mécanique du Coeur

Olivier Daviaud entame une musique mélancolique au synthétiseur bientôt accompagné de Babet (Élisabet Maistre) au violon, puis Mathias Malzieu donne de la voix et nous offre une lecture d'un extrait du roman du même nom. S'en suit une mise en scène de concert, slam inclus. Dans une salle de ciné, il fallait oser ! Le co-réalisateur Stéphane Berla monte ensuite sur scène pour distiller quelques anecdotes sur ce film rescapé qui sortira l'année prochaine. Le film avait été présenté une première fois il y a deux ans à Annecy puis le studio en charge de l'animation avait fermé. Le projet faisait suite à un roman et à un album du groupe Dionysos. Il a fallu beaucoup d'énergie pour remettre la mécanique en route.

Côté animation, une bande-annonce en anglais est diffusée suivi d'un extrait inédit et "tout juste sorti du four". L'extrait montre la rencontre en chanson de Jack (Mathias) et d'Acacia (Olivia Ruiz) et donne le ton: une comédie musicale à l'esthétique Burtonienne. De très bonne augure, surtout pour la bande originale !

Jack et la Mécanique du Cœur a fait le buzz parmi le public francophone, mais la mise en bouche était malheureusement assez courte: une trentaine de minutes tout au plus. Rendez-vous l'année prochaine pour un visionnage complet !