Anim'Annecy

Blog personnel consacré au Festival International du Film d'Animation d'Annecy

Une Tête Disparaît (CMC 2, 3, 4 et 6 tant qu'à faire)

Je me vois contraint de faire dans l'express cette année, les temps sont durs ! Les courts reflètent d'ailleurs cette tendance anxiogène. Dans Vaysha l'Aveugle, la jeune fille a un œil dans le passé et un dans le futur. Impossible de choisir entre les deux, le futur étant effrayant et le passé, passé. Des barres d'immeubles décrépites et les échos des habitants qui les ont désertées; seuls restent les chiens errants qui découvrent des bribes du passé dans Peripheria. Beast nous démontre que la bête n'est pas celle que l'on croit. Yalda nous décrit les états d'âmes d'une maman qui craint un avenir sombre pour son enfant. Estate se rapproche de l'actualité avec l'histoire d'un migrant qui échoue sur une plage Espagnole. The Sparrow's Flight, documentaire sur un ami disparu.

Le loufoque Piano ramène un peu de légèreté; le seul piano assurant les liens de causalité d'un récit déjanté. Un très beau film sur la maladie d'Alzheimer : Une tête disparaît. Une vieille dame qui n'a plus vraiment la tête sur les épaules part en vacances à la mer. Mais qui est donc cette inconnue qui la suit et qui l'appelle maman ?

Le Burtonien Dernière Porte au Sud raconte l'histoire d'un garçon bicéphale perdu dans un monde fait de pièces obscures et de fenêtres cimentées. Un jour, il aperçoit un monstre a une seule tête...

Alors, heureux (se) ?

dernières réactions

Sur Seoul Station - Il y a des idées intéressantes dans ce long métrage, et un traitement assez atypique pour une histoire de zombie. Il y a malheureusement aussi des longueurs et des scènes d’auto-apitoiement à la limite du supportable. On a bien compris que le film est un prétexte à la critique d'une société toujours plus verrouillée et indifférente, pas la peine d'en rajouter des tonnes ! Malgré tout, le final rattrape en bonne partie ces écueils; une audace qu'aucun studio Hollywoodien ne se serait permise. Pour cela: bravo !
— Cèbe, 19/06/2016

Sur Deuxième Jour - LMC3 - Tout en haut du monde Nous tentons la file d'attente des sans-résa. Grâce à beaucoup de chance et un peu d'abandon, nous arrivons à entrer dans cette séance, probablement la plus survoltée de la journée. Tout est plus à 20h30 : plus d'avions en papier, plus de "plop" bruités à la bouche, plus d'excitation... Et après une courte introduction de l'équipe du film - cela a l'air d'être le mot d'ordre, "court" - nous voici plongés dans le St-Petersbourg du 19e siècle. Sasha, petite-fille du célèbre explorateur Oloukine, part sur les traces de son grand-père disparu lors d'une expédition vers le Grand Nord. Au cours de l'aventure, semée d'embuches bien entendu, Sasha fera preuve de courage et d'obstination. Une amourette vient, comme la cerise sur le gâteau, bousculer cette adolescente. De belles images nous sont offertes : les couleurs pastel des grands aplats crayeux réussissent à transmettre l'atmosphère des grands espaces, St-Petersbourg d'abord, puis les banquises du Nord. Le
— etbougekobe, 18/06/2015

Sur Premier Jour - CMC 6 - off limits La séance de 23h a une saveur particulière : yeux fatigués, corps rincés, un brin de nervosité, les rires deviennent idiots et les baillements irrésistibles. Mais avec le poids des années, j'ai de plus en plus écarté cette séance de mon planning. Cette année, j'ai décidé de changer ! Je retourne voir Spike and Mike, je délaisse les TV et je mets du 23h. Je m'encanaille ! C'est donc résolue à respecter ce nouvel engagement que je prends place -où je veux - dans la grande salle pour les courts 6. J'en profite pour afficher "2" au compteur des séances du jour. Ce n'est pas lourd. Ce que j'ai retenu de la séance : mes yeux fatigués, mon corps rincé (et la météo a mis son grain de sel) n'ont pas résisté. Des voisines ont même gloussé nerveusement pendant 10 minutes sur un film dont je tais l'identité. Néanmoins, cette sélection vaut le détour pour the Betrayal, qui nous plonge dans un état épileptique, idéal pour servir le propos, Mynarski chute mortelle, que j'aurais
— etbougekobe, 16/06/2015

précédemment

La Tortue Rouge

Je ne sais pas si c'est l'effet Cannes ou tout simplement l'effet démographique (9000 festivaliers cette année dixit le maire d'Annecy) mais obtenir le sésame de la cérémonie d'ouverture était particulièrement difficile. Il faut dire que le film projeté a un pedigree de choix : Michaël Dudok de Wik et Isao Takahata entre autres. L'auteur du poétique Father & Daughter (Grand Prix Annecy 2001 et Prix du public de cette même année) à la réalisation et le studio Ghibli à la production. Une combinaison magique !

Le film est d'une très belle beauté formelle, et sans conteste une leçon d'animation et de cinéma; le lien de parenté avec le studio Japonais est ténu mais indéniable.

Si l'on n'apprendra pas à survivre sur une île déserte avec ce film, on ne pourra en revanche qu'être touché par les nombreuses scènes de vie qui émaillent le récit. Les aventures du bébé sont particulièrement réussies et son animation légère évoque celle du Moine et le Poisson. La nature est magnifiquement retranscrite dans sa beauté et sa dangerosité.

En résumé, un grand moment de poésie que je ne pourrais que recommander -- sauf si comme mon voisin de siège vous préférez ronfler et/ou taper sur votre téléphone pendant la séance, puis enquiquiner tout le monde pour sortir en plein milieu de séance. Pour cette catégorie de population, je peux recommander un Michael Bay à la place, avec un peu d'aspirine.

La Jeune fille sans Mains

Alors que l'eau n'abreuve plus le moulin, un meunier consent à échanger sa fille contre un torrent d'or. Le diable, qui n'a pas mis long à convaincre le meunier, aura néanmoins du fil à retordre avec la jeune femme. Vertueuse, elle échappe au malin, au prix de ses mains et d'un exil, loin de sa famille.

La Jeune fille sans mains est un conte peu connu des frères Grimm et, si l'histoire est sans surprise, l'animation laisse bouche bée. Les personnages sont esquissés de quelques coups de pinceaux, les paysages sont une explosion de couleurs qui se superposent et les traits vont jusqu'à représenter les sentiments, d'un bonheur rond à la colère piquante. Au début, j'ai résisté et tenté de décortiquer les traits et palettes. Et en deux minutes seulement, je me suis laissée embarquer par le spectacle lumineux.

Un ravissement pour les yeux... et les oreilles ! La musique est parfaitement taillée pour ce conte, tantôt d'une familière discrétion, tantôt aussi colorée que ce qui se passe à l'écran, effet "wahou" assuré.

Bref, La Jeune fille sans mains est un très joli conte à l'exercice de style dans lequel on plonge tête la première.

-- etbougekobe

Seoul Station

C'est typiquement le genre de film que je vais voir en crabe (c'est moins violent qu'à reculons) : un sujet qui me branche moyennement (il paraît qu'il y a du zombie, arch !) et un souvenir très mitigé de The Fake, précédent long métrage de Yeon sang-Ho présenté à Annecy "il y a quelques années".

Heureusement, je lui réserve la primeur et c'est ainsi que lundi matin, je m'installe, fraiche comme une crème, dans les fauteuils de Bonlieu. J'entends un festivalier derrière moi annoncer à ses camarades : "ce que vous allez voir maintenant vous donne la tonalité de la semaine !". Tiens donc !

Seoul Station est le théâtre d'un étrange événement : un SDF mortellement blessé disparaît. Et ce qui est au départ pris pour une émeute provoquée par des marginaux, est en réalité bien plus grave. Ah oui, c'est une attaque de zombies ! Rapidement, la population alentours est dévorée et devient à son tour une horde cannibale. Les symptômes sont pour tous les mêmes : yeux révulsés, veines apparentes, dents qui claquent et une sérieuse envie de manger de la chair fraîche. Et la capacité de courir. Oui. Mais pas de descendre les escaliers sans faire une cascade maladroite. Non.

Et il y a la petite histoire dans la grande : Hae-Sun, une jeune fugueuse réfugiée dans un motel avec son petit ami, parvient à déjouer les attaques en compagnie d'un sans-abri. Ailleurs dans la ville, son petit ami, convaincu par le père de l'héroïne, la recherche. Leur lien : un smartphone, qui bien évidemment fait le coup de la coupure réseau et de l'écran cassé.

J'ai vraiment été accrochée dès les premières minutes de l'histoire et le rythme est très enlevé. Quand les personnages courent, on court avec eux. Quand ils explorent des lieux apparemment vides, on cherche avec eux. Seoul Station est également une critique funky de la société coréenne : - une autorité sourde aux réclamations et qui n'hésite pas à circonscrire le centre-ville, laissant ensemble ce qui reste de la population saine avec les zombies, -des intérêts personnels impérieux face à une situation hors du commun, - une ville impersonnelle où toutes les rues et stations de métro se ressemblent, et où le répit provient d'un immeuble témoin.

Et à la fin... Et puis non ! Z'avez qu'à aller voir Seoul Station !

-- etbougekobe

Le Chemin des Géants (CMC1)

Un résumé en filigrane pour une séance assez riche: la sélection CMC1 est excellente et variée.

En catégorie actualité, on retrouve le Journal animé au titre parfaitement explicite. Pour la partie musicale, "Parade" de Satie par Kōji "Mont Chef" Yamamura et le Roi des Aulnes du vétéran Georges Schwizgebel (on a pu voir à peu près toutes ses oeuvres à Annecy).

On trouve aussi de jolis contes avec Celui qui a deux âmes et le Chemin des géants -- prix assuré.

Mais aussi un documentaire animalier tragicomique avec Accidents, Blunders and Calamities et une autobiographie avec Spoon.

Last but not least, un provocateur à la toute limite du off : Moms on Fire. Un choix de programmation assez curieux dans une sélection autrement tout public !

Forever Young

Une année de plus au compteur, ça ne nous rajeunit pas ! Je n'ai pas étudié le programme en détail et il y a sans doute des perles cachées, mais seul La Tortue Rouge a vraiment attiré mon attention cette année. Dudok de Wit à la réalisation et Takahata à la production, c'est quand même la grande classe internationale. Il ne reste plus qu'à se faufiler à la cérémonie d'ouverture... Côté français, je suis attiré le Louise en Hiver de Laguionie, dont je ne connais que le titre. Pas de spoiler please !

Sixième Jour

Samedi, déjà le dernier jour... J'ai été agréablement surpris par les films de commande, très variés dans leurs styles respectifs. Mention spéciale à James "Moving On", un émouvant vidéoclip réalisé en... ficelle ! Un choix esthétique fort qui colle parfaitement au sujet de la chanson. Chapeau ! On notera aussi les Simpsons revisités par Sylvain Chomet, très classe.

Je n'ai malheureusement pas pu voir Avril et le Monde Truqué, complet le samedi depuis la nuit des temps, ni le remake de Ghost in the Shell. Ça c'est nettement moins grave, j'étais juste un peu curieux du résultat. Rien pour moi ne peut remplacer l'original, que je place au même niveau qu'un Blade Runner tant les deux films ont façonné la représentation visuelle des films de SF. La pseudo mise à jour de 2008 Ghost in the Shell 2.0 est à mon sens complètement catastrophique. Je suis donc très sceptique face à ce remake.

En revanche j'ai pu voir Vice Versa et c'est une très bonne surprise. Depuis Là Haut, je n'étais plus très convaincu par les histoires made in pixar. Mais Pete Docter redresse la barre avec une histoire originale et il faut le dire, un peu risquée car s'éloignant quelque peu des canons Hollywoodiens. Une belle prise de tête qui aurait pu tourner à la migraine :-) Ma fille de 7 ans n'a pas vraiment compris les enjeux du récit mais a bien aimé quand même; les enfants plus âgés et les adultes pourront par contre trouver leur compte !

Une bien belle manière de terminer ce festival. A l'an prochain !

Cinquième Jour

La journée commence avec l'introduction de Mune par ses réalisateurs très enthousiastes Benoît Philippon et Alexandre Heboyan. Une gestation de 7 ans et quelques 400 collaborateurs sur le projet, ce n'est pas une sinécure ! Le résultat est très bon, l'animation et le graphisme sont au niveau des grosses machines Hollywoodiennes. Les influences sont nombreuses, on fêtera par exemple le grand retour des boules de suies de Totoro / Chihiro dans un nouveau rôle. Le récit est des plus classiques, il s'agit clairement d'un conte de fée destiné aux plus jeunes sans double lecture pour leurs parents. Cela dit, je pense sincèrement que le film peut rencontrer son public et plaire à tout âge tant ses qualités sont nombreuses. Pourvu que la distribution du film cet automne tienne la route !

Phantom Boy est également un film Français issu de Folimage réalisé par Jean-Loup Felicioli et Alain Gagnol. Un duo que j'apprécie depuis Un Couteau dans les Fourchettes et qui a déjà réalisé le long métrage Une Vie de Chat. Le film ne se prend pas trop au sérieux en reprenant certains codes du film d'espionnage et un grand méchant à la James Bond dont l'origine ne sera jamais connue -- mais qui s'en soucie ? La bad attitude du méchant en question est systématiquement désamorcée par une réplique malheureuse ou une gaffe de ses lieutenants bêtes à souhait. Les enjeux de l'histoire s'en trouvent un peu affaiblis, mais j'ai passé un très bon moment en compagnie de ce héros de 11 ans.

Un bémol : ces deux films français sortent le même jour (14 octobre). Sachant que Tout en Haut du Monde et Avril et le Monde Truqué sortent également en octobre / novembre, cela fait beaucoup de films d'animation Français en compétition et cela pourrait se ressentir sur leur box office. Dommage !

Dans les courts enfin, mon préféré du jour est sans conteste Dissonance qui raconte la vie solitaire d'un musicien perdu dans son monde musical sphérique. Des éclats de réalité vont le ramener sur terre et il devra se confronter à son ex-femme et à sa fille. On est jamais loin de l’abîme et l'impression de dérèglement est très bien rendue. Ajoutons une bande son hypnotique à souhait et on a là du très bon !

J'attendais un peu plus de The Night of the Naporitan, court absurde comme les Japonais savent si bien les faire. Le début laisse présager du meilleur mais le comique de répétition et la chute m'ont laissé une impression d'inachevé. Dommage...

Quatrième Jour

J'ai fait le plein de courts avec les sélections "regular" 4 et "off limits" 6. J'ai bien aimé Guida qui après 30 ans de vie rangée décide de mettre un peu de piquant en posant pour un cours de dessin. Très joli, une bouffée d'air frais bienvenu, tout comme We Can't Live Without Cosmos qui relate l'aventure de deux cosmonautes amis depuis l'enfance. Drôle et émouvant, j'avais peur que les réalisateurs aient perdu la recette. Mais la parenthèse se referme sur l'humour grinçant de Tranche de Campagne où le rôle des animaux et des humains est inversé. On apprend également qu'il ne faut pas trop contredire les végétariens potentiels. Quittons le domaine de l'humour noir pour nous plonger Dans les eaux profondes. Trois témoignages apparemment sans rapport deviennent des histoires jumelles: très bien amené !

La sélection "off limits" est très hétéroclite, certains métrages auraient très bien pu se trouver dans la compétition officielle... Enfin sauf Moon Blink qui remporte le prix du court le plus pénible depuis Barcode (un chef d’œuvre finalement !). Imaginez du bruit blanc à l'image et un son strident pendant dix minutes et vous avez un court en sélection officielle. Jazz per un Massacro est loin d'être aussi désagréable et remporte le concours de la pellicule grattée haut la main. Carte Noire est imbitable mais suffisamment court pour qu'on s'en fiche. Planet Σ était bien étrange, attention aux chutes d'abeilles, mais intéressant visuellement. Mes deux préférés de la sélection sont toutefois Tu Ressembles à Moi, pas forcément pour l'animation mais pour l'idée et la narration, et The Race. Ce dernier est la preuve que l'on peut réaliser un court expérimental de 15 minutes qui n'est pas pénible et qui est compréhensible pour le commun des mortels. Fort bien !

Le long du jour se nomme Sabogal. Il s'agit d'un thriller judiciaire "complètement fictionnel" qui reprend pourtant des témoignages en prises de vue réelles de la situation en Colombie aux alentours de l'an 2000. Le film utilise plusieurs techniques d'animation, principalement une imagerie de synthèse complètement désaturée. Sans la mise en garde au début du film, on pourrait croire à une histoire (presque) vraie tant elle est crédible et alambiquée. Selon le réalisateur, le but de ce film est de présenter l'histoire trouble de la guerrilla et des organisations paramilitaires aux nouvelles générations sans que cela soit ennuyeux. Le film souffre de quelques longueurs; peut-être dû à son montage à partir d'une série de 13 épisodes.

Troisième Jour

Hors donc me voilà de retour pour écrire brièvement sur Sarusuberi: Miss Hokusai. Le film est réalisé par Keiichi Hara qui avait déjà imaginé les très bons Colorful et Un Été avec Coo. Il adapte cette fois-ci un manga historique paru dans les années 80 et c'est peut-être là que le bât blesse pour certains. Plutôt qu'une histoire avec un fil directeur et une résolution, le film semble reprendre des chapitres du dit manga sans se soucier d'une forte continuité narrative. Toutefois, il y a bien une unité temporelle car les saisons défilent, les personnages vieillissent... A ce titre, l’œuvre est assez contemplative, dans la veine par exemple de _Yokohama Kaidashi Kikō ou Mushishi__. Si l'histoire peut paraître un peu légère, il y a en revanche profusion de détails réalistes sur la fin de l'époque Edo. La réalisation est très réussie et on sent que le réalisateur maîtrise parfaitement son sujet.

Sur les CMC 3 : rien compris à Rhizome et ce même avec wikipedia. Deux musicaux complètement opposés s'affrontent, Sonámbulo l'abstrait et Aubade le surréaliste. Ma préférence va au second. On a un peu plus de narration, avec le drôle et délirant World of Tomorrow (une fillette de 3 ans rencontre son clone du futur), une histoire d'amour qui finit mal avec Elu Herman H. Rottiga, une histoire de camembert qui prend le train dans Voyage à pied, une histoire fatale pour le photographe dans Isle of Seals et enfin notre ami Rosto de retour pour Splintertime. Toujours hallucinant et hallucinatoire, le court fait suite à No Place Like Home et Lonely Bones.

Une petite journée s'achève, probablement plus de matière demain si je tiens le choc des CMC 6 "Off Limits".

Deuxième Jour

Peut-on encore parler de la machine à rêves Pixar ? ou bien doit-on se référer au Process Pixar (tm) ? L'introduction de la première séance fait un peu peur avec un petit film de propagande bien senti. Heureusement, Peter Sohn rattrape la sauce avec la présentation de The Good Dinosaur (Le Voyage d'Arlo) dont il assure la réalisation. Son discours sera repris et répété un peu plus tard par Sanjay Patel à la charge du petit court métrage précédant le film Sanjay's Super Team. Tous deux avaient bien révisé leur speech ;-)

En résumé (court et brutal s'il vous plaît) il faut creuser encore et encore, ne pas hésiter à mettre son cœur sans la balance et mettre des éléments personnels pour raconter une histoire sincère et qui sonne émotionnellement juste. Il faut bien admettre que la recette prend car le court est un vrai régal, sûrement encore plus apprécié une fois le contexte expliqué. Les extraits d'Arlo sont aussi intéressants en termes narratifs. La direction artistique m'interloque (captain) un peu plus car elle mélange animation et décors hyper réalistes avec des personnages très cartoonesques. Attendons de voir le résultat cet automne !

Les court-métrages du jour sont un peu plus gratinés qu'hier, avec des messages politiques forts : Goodbye Utopia from China, Black Tape du Danemark, Zepo d'Espagne et le très bon Suleima de Syrie. Le propos de ce dernier est très bien mis en valeur par l'animation et je pense qu'il sera récompensé d'un prix bien mérité. Il n'y a finalement pas beaucoup de respiration sauf le satirique Auto Portraits (vive le pétrole et la fin du monde) et le biographique Love in the Time of March Madness (dur de s'accepter quand on est une femme et qu'on mesure 1m95). On s'éloigne un peu de la dure réalité avec Isand. Un chien et un singe attendent leur maître et apprennent à s'accepter malgré leurs différences. Le singe prend toutefois des habitudes humaines et mettra fin à cette sombre histoire. On termine avec la guerre des tranchées. Dans Uncanny Valley, deux soldats tentent de survivre coûte que coûte. Lorsque que l'un d'eux est blessé, l'autre s'occupe de lui et tente de trouver un abri. Une belle performance de pixilation et une fin inattendue clôturent cette séance qui aurait pu s'appeler "monde de m...."

La troisième et dernière séance de la journée est Extraordinary Tales qui se trouve être une compilation de courts reliés par un fil conducteur. Alan Edgar Poe (tout au moins sa réincarnation en corbeau) dialogue avec la Mort et raconte ses histoires les plus célèbres. Un excellent prétexte pour nous faire écouter les narrations de Christopher Lee, Bela Lugosi et Guillermo Del Toro entre autres. Chaque court possède une identité graphique bien distincte, des aplats monochromes de The Tell-Tale Heart (présenté l'an dernier à Annecy) au pulp fiction The Facts in the Case of M. Valdemar. J'aimerais bien voir le réalisateur se pencher sur le cas de Lovecraft...

That's all folks !

Premier Jour

Ce fut une bien belle journée d'animation, et voici quelques réflexions à chaud sur le premier jour !

Tout commence avec The Case of Hana and Alice qui nous vient tout droit du Japon. C'est la première œuvre animée d'un réalisateur en prises de vues réelles, et ça se voit. Le fait qu'il aie utilisé la rotoscopie accentue cet effet réaliste. Certains plans sont assez audacieux au niveau du cadrage (quoique je n'apprécie pas trop le cadrage iphone, mais c'est une autre histoire). Le récit est bien mené et se met au niveau de ses héroïnes, des collégiennes de 14 ans. Situations cocasses, un peu givrées et plus sérieuses s’enchaînent plutôt bien. A voir !

Le second long métrage que j'ai eu l'honneur de voir aujourd'hui est Tout en Haut du Monde. La mécanique de l'histoire est somme toute assez classique, un récit initiatique d'une jeune fille à la recherche de son grand père explorateur. La réalisation est de toute beauté. Je pourrais juste reprocher une fin un peu fleur bleue, mais cela reste un très bon film d'animation. Prix en perspective ? Attendons de voir la suite !

Les courts en compétition n°1 étaient assez inégaux, mais la fatigue commençait à se faire sentir. On retrouve Adam Elliot (Harvy Krumpet, Mary and Max) aux commandes de Ernie Biscuit. Celui-ci ne démérite pas et reste toujours dans la même veine tragicomique, absurde et pince-sans-rire du réalisateur. Le meilleur métrage de la sélection toutefois (à mon humble avis bien sûr) se trouve être Amélia & Duarte. Une fois n'est pas coutume, la pixilation est sortie de son cadre abstrait pour raconter l'histoire très concrète d'une relation amoureuse qui prend fin. C'est gentillement drôle et très bien réalisé !

Le Prophète a fait l'ouverture du festival et c'est bien mérité : cet omnibus de 9 segments de 9 réalisateurs différents reprend les poésies de Khalil Gibran. Des grands de l'animation tels que notre Bill Plympton préféré, Tomm Moore, Joann Sfar se sont prêtés au jeu pour notre plus grand plaisir. Certaines séquences chantées sont un peu psychédéliques, mais dans l'ensemble c'est un grand moment d'animation et de poésie.

C'est tout pour aujourd'hui ! Je détaillerais un peu plus si mon emploi du temps le permet...

Sur la ligne de départ

Ou presque ! Un emploi du temps assez chargé ne m'a pas encore permis d'investiguer le programme de cette année.

Il y a quelques changements côté accréditation tels que la date d'ouverture de la billeterie et l'accès aux séances wip (work in progress)... qui devront peut-être être appelées vip si elles ne sont plus accessibles au festivalier moyen. Victimes de leur succès ?

Palmarès 2014

Pas moins de 26 prix ou mentions décernées cette année; pour la première fois des prix ont été remis dès le vendredi pour "soulager" la cérémonie de clôture.

  • Le garçon et le monde - Cristal du Long Métrage, Prix du Public
  • Cheatin' - Prix du Jury
  • L'Île de Giovanni - Mention du Jury

J'ai pressenti le garçon et le monde car il s'inscrivait bien dans l'actualité: le Brésil, le capitalisme sauvage, tout ça... Mon préféré demeure Giovanni no Shima. Cheatin' mérite sa place dans le trio de tête. Je suis un peu surpris par l'absence de Minuscule.

  • Man on the Chair - Cristal du Court Métrage
  • Patch - Prix du Jury
  • Hasta Santiago - Prix "Jean-Luc Xiberras" de la 1ère œuvre, Prix Sacem
  • Histoires de Bus - Mention du Jury, Prix du Jury Junior pour un court métrage
  • La Tête dans les Nuages - Mention du Jury
  • La Petite Casserole d'Anatole - Prix du Public
  • Corps Étrangers - Prix Off Limits
  • Nul poisson où aller - Prix Fipresci
  • Through the Hawthorn - Prix Festivals Connexion
  • Wonder - Prix "CANAL+ aide à la création" pour un court métrage

Man on the Chair était un peu trop expérimental pour moi, tout comme Patch. Les autres courts se démarquaient dans leurs sélections respectives et empochent des récompenses bien méritées.

  • En Sortant de l'école : Tant de Forêts - Cristal pour une production TV
  • Nepia "Tissue Animals" - Cristal pour un film de commande
  • Tumble Leaf "Kite" - Prix du Jury pour une série TV
  • Le Parfum de la Carotte - Prix du Jury pour un spécial TV
  • Peau "Instant T" - Prix du Jury

Je n'ai vu que Tumble Leaf qui est clairement destiné à un très jeune public (3-4 ans). Belle réalisation et pédagogiquement efficace. Fait intéressant, les films de commande sont visionnables en ligne jusqu'au 30 juin, dont les primés donc.

  • The Bigger Picture - Cristal du Film de fin d'études
  • An Adventurous Afternoon - Prix du Jury
  • The Age of Curious - Mention du Jury
  • Interview - Prix du jury junior pour un film de fin d'études
  • Adama - Prix "Aide Fondation Gan à la diffusion" pour un Work in Progress

Rendez-vous est pris l'année prochaine à Bonlieu, plus besoin d'amener le coussin !

-- Cèbe

Le Royaume des Rêves et de la Folie

Yume to Kyoki no Oukoku est un documentaire sur le studio Ghibli et le trio sans lequel il n'existerait pas: Miyazaki, Suzuki, Takahata. Filmé pendant près d'un an dans le studio Ghibli "principal", on suit principalement la production de Le Vent se Lève tandis que celle de Princesse Kaguya a lieu dans un studio secondaire. On verra donc beaucoup plus Miyazaki et Suzuki pendant le documentaire. Ils ne se priveront pas de lancer quelques piques à leur aîné.

La "folie" du titre est finalement assez peu explorée mais témoigne tout de même de la maniaquerie de Miyazaki ("Voici comment on doit saluer") et ses angoisses. Il semble se livrer davantage que dans toutes les interviews et reportages que j'ai pu lire jusque là... On apprend ainsi qu'il ne peut dormir sans somnifères, qu'il est clair pour lui que le studio va disparaître ("c'est inévitable").

La folie côtoie effectivement les rêves, la contradiction d'un homme qui rêve de paix mais est passionné par les avions de guerre. Ce paradoxe se retrouve presque intégralement dans le film, jusque dans les détails d'une scène où le personnage principal offre un repas à des enfants orphelins, écho d'un épisode de la vie de son père qui était ingénieur aéronautique.

Il y a quelques longueurs, quelques scènes de contemplation pas forcément indispensables mais aussi des instants de toute beauté -- à tel point que je me suis demandé si ce n'était pas Takahata qui l'avait réalisé ;-) Un must pour les amateurs (et professionnels) de l'animation. Bill Plympton ne s'est d'ailleurs pas trompé et a assisté à la projection : The Kingdom of Dreams and Madness.

CMC 5 - Obsession

Encore une belle fournée ! Les incidents techniques n'ont pas entamé notre enthousiasme. Mais la fatigue s'installe et communiquer l'enthousiasme, bah... Vous savez, quoi... glump... zzzZZZzzz...

Allez, voici mes deux préférés :

  • Padre,
  • the Obvious child.

Peut-être Cèbe aura plus de courage que moi ?

-- etbougekobe

La session commence avec Cheatin' de Bill Plympton, les incidents techniques émailleront toute la séance, vendredi 13 oblige. Lorsque la salle s'obscurcit enfin, Ex Animo. Un verre tombe, et le principe de causalité impose donc que des créatures dessinées sur papier s'entredéchirent jusqu'à ce que le verre casse. L'animateur Polonais était fâché d'être à sec !

Rainy Days, la pluie, une femme, le mont Fuji, la bombe. Ce sont les souvenirs entremêlés d'un Japonais qui se rend sur une île étrangère. Joli mais pas très clair. S'en suit un court aux Poils, dans lequel la pilosité et érotisme ne font qu'un. Changement de registre complet avec Padre. Le père en question est loin d'être un saint mais un général Argentin sous la dictature. Sa vieille fille s'en occupe jour après jour tandis que le peuple libéré réclame mémoire et vérité. Le court se termine sur des films d'archives, une tendance de cette année au festival.

1000 Plateaux (2004-2014) a été réalisé à temps perdu dans une voiture en attendant les acteurs, réalisateurs, etc... sur des scènes de tournage. La musique jazzy permet de ne pas complètement s'endormir sur cet abstrait que nous avons pu voir 1.5 fois. J'ai décroché sur La Tête dans les Nuages. Joli, mais le propos m'échappe. Je n'ai rien compris au Japonais Anomalies. Ce n'est pas le jeu des anomalies mais plutôt celui de la normalité absente.

Brut est aussi brut que son nom l'indique en terme de graphisme et d'animation sur papier brouillon. En revanche le récit vu du point de vue d'un chien de femme juive durant l'Allemagne nazie est très bien mené. Un petit prix ? En tout cas mon préféré dans la sélection.

On termine sur le WTF The Obvious Child dans lequel un lapin est témoin d'un carnage. La petite fille qui se trouve là ne semble pas y être étrangère. C'est un joyeux bazar morbide et non sens anglais pur jus. L'animation est intéressante au travers notamment de l'utilisation d'images "dé-focusées". Si quelqu'un connaît le terme technique exact, ça m'intéresse ;-) That's all Folks!

-- Cèbe

CMC 4 - En Chemin

Une sélection intéressante, plurielle, et, euh... Les pronostics seront difficiles.

Voici mes 3 préférés :

  • Hasta Santiago. Sûrement le plus joyeux de la sélection (oui oui, ça existe). Nous suivons notre héros sur le chemin de Compostelle. Il y rencontre toutes sortes de personnages sur la route. C'est beau, bien fait, rafraichissant.
  • La Maison de poussière. Une vieille dame quitte à contre-cœur son appartement d'un HLM voué à la destruction. Les mâchoires des machines réveillent les souvenirs de l'immeuble. Ce court aussi "fait le job" : il est joliment fait, l'histoire est conduite, a un dénouement. Efficace.
  • A Recipe for Gruel est probablement celui qui a le plus retenu mon attention. Ici, on détourne le format "recette" - celle où on met 100 g de pâtes et 2 cs de sauce à la tomate - pour raconter le quotidien rude d'une femme sans le sou. Sans oublier l'interlude musical. 20/20 !

-- etbougekobe

CMC 3 et 4 - かめはめ波

Je laggue un peu et j'ai donc décidé de regrouper deux programmations qui de toute façon s'enchaînent à merveille. Voyons plutôt ce que les organisateurs diaboliques avaient en stock pour nous:

Hipopotamy. Une poignée de femmes et d'enfants se baignent dans une rivière. Un groupe d'hommes qui les observent en cachette décident de les approcher d'une manière extrêmement violente, comme s'ils s'étaient inspirés du comportement des hippopotames. Dernier court de la sélection 3. Un Polonais qui nous dit: j'ai grandi dans le bloc de l'Est et je vais vous le faire payer. Note : J'aime bien les Polonais(es) mais là quand même, il enfonce le clou. Âmes sensibles s'abstenir, parce que les enfants et les cailloux, ça va pas ensemble.

Eager est une danse macabre menée par des personnages en forme de spectres, d'animaux et de squelettes qui se métamorphosent et se multiplient en explorant les concepts de la vie et de la mort. Premier court de la sélection 4 avec des chiffons sales puis de la pâte à modeler en forme de à peu près tout et souvent des trucs pas très sympa. J'ai bien aimé quand même.

Il faut dire qu'avant le Polonais il y avait un autre court que je n'avais pas vu venir (mais assez connu/polémique selon Elo), Beauty. Une collection d’œuvres de maître animées avec Photoshop, durant 589256 millisecondes avec une musique lancinante pour accompagnement. Bingo du court !

Reprenons maintenant le programme dans l'ordre. 365 c'est 1 seconde d'animation par jour pendant 1 an. C'est loufoque, décalé, non sens, mais aussi un peu lassant après le mois de Juin. Patch c'est du pixel art avec des carreaux peints et ma foi ça rend plutôt bien, un autre exercice de style.

Dans la catégorie récits, nous avons Grace Under Water, une histoire d'ado rebelle avec des poupées, un très bon choix question malaise / mal-être. Histoires de bus déride un peu l'atmosphère avec cette femme d'âge mûr décidant de devenir chauffeuse d'autobus scolaire. Retour à une ambiance pesante voire malsaine dans Simhall (Piscine) où une marionnette jument désabusée est aux prises avec deux loups dont un dépressif et des souris cleptomanes qui volent de l'acide (chlorhydrique). Through the Hawthorn confronte un patient schizophrénique, sa mère et un psychiatre et combine plusieurs techniques d'animation selon le point de vue. Intéressant comme un documentaire.

Sélection n°4. Hasta Santiago est le récit de voyage de l'année et ma fois il est plutôt réussi et bien mené. Le Retour des Aviateurs est un court estonien de 16 minutes mais ça va. On apprend même une ou deux positions du kamasutra. Beaucoup plus sage, Vaghti Bacheh Boudam explore les peurs d'enfants suscitées par les parents pour les tenir éloignés du danger. J'avais un peu peur au début (animation en sable) mais finalement c'était plutôt mignon.

La Recette du Gruau où l'humour anglais bien grinçant. Ne pas oublier sa bible ! Alfred Jarry & les Pataphysiques est un documentaire loufoque sur la vie de l'auteur de Ubu Roi. Très sympathique. Phantom Limb (le Membre Fantôme) est un court sur la culpabilité et le handicap plutôt bien réalisé. Enfin, La Maison de poussière raconte l'histoire d'une ancienne occupante d'un HLM délabré en cours de démolition. Elle s'introduit imprudemment dans les ruines pleines de souvenirs. ça m'a un peu rappelé la Maison en Petits Cubes mais en moins émouvant. Très bien réalisé par contre.

Mon préféré dans tout ça ? Euh, bingo !