Anim'Annecy

Blog personnel consacré au Festival International du Film d'Animation d'Annecy

Palmarès 2014

Pas moins de 26 prix ou mentions décernées cette année; pour la première fois des prix ont été remis dès le vendredi pour "soulager" la cérémonie de clôture.

  • Le garçon et le monde - Cristal du Long Métrage, Prix du Public
  • Cheatin' - Prix du Jury
  • L'Île de Giovanni - Mention du Jury

J'ai pressenti le garçon et le monde car il s'inscrivait bien dans l'actualité: le Brésil, le capitalisme sauvage, tout ça... Mon préféré demeure Giovanni no Shima. Cheatin' mérite sa place dans le trio de tête. Je suis un peu surpris par l'absence de Minuscule.

  • Man on the Chair - Cristal du Court Métrage
  • Patch - Prix du Jury
  • Hasta Santiago - Prix "Jean-Luc Xiberras" de la 1ère œuvre, Prix Sacem
  • Histoires de Bus - Mention du Jury, Prix du Jury Junior pour un court métrage
  • La Tête dans les Nuages - Mention du Jury
  • La Petite Casserole d'Anatole - Prix du Public
  • Corps Étrangers - Prix Off Limits
  • Nul poisson où aller - Prix Fipresci
  • Through the Hawthorn - Prix Festivals Connexion
  • Wonder - Prix "CANAL+ aide à la création" pour un court métrage

Man on the Chair était un peu trop expérimental pour moi, tout comme Patch. Les autres courts se démarquaient dans leurs sélections respectives et empochent des récompenses bien méritées.

  • En Sortant de l'école : Tant de Forêts - Cristal pour une production TV
  • Nepia "Tissue Animals" - Cristal pour un film de commande
  • Tumble Leaf "Kite" - Prix du Jury pour une série TV
  • Le Parfum de la Carotte - Prix du Jury pour un spécial TV
  • Peau "Instant T" - Prix du Jury

Je n'ai vu que Tumble Leaf qui est clairement destiné à un très jeune public (3-4 ans). Belle réalisation et pédagogiquement efficace. Fait intéressant, les films de commande sont visionnables en ligne jusqu'au 30 juin, dont les primés donc.

  • The Bigger Picture - Cristal du Film de fin d'études
  • An Adventurous Afternoon - Prix du Jury
  • The Age of Curious - Mention du Jury
  • Interview - Prix du jury junior pour un film de fin d'études
  • Adama - Prix "Aide Fondation Gan à la diffusion" pour un Work in Progress

Rendez-vous est pris l'année prochaine à Bonlieu, plus besoin d'amener le coussin !

-- Cèbe

dernières réactions

Sur Leçon de Cinéma avec Isao Takahata - Billet mis à jour d'après mon enregistrement audio.
— Cèbe, 16/06/2014

Sur Cheatin' - Cinq ans de gestation, un dépassement de budget qui a été absorbé par Kickstarter, quelques 40 000 dessins faits à la main et colorisés numériquement... Bill nous rappelle qu'il est un indépendant pur et dur et il reconnaît lui-même être un peu fou. Mais il s'assagit avec le temps. Cheatin' est un film drôle et émouvant. Qui aurait cru que j'écrive ça un jour ? On ne rajeunit pas ! 
— Cèbe, 13/06/2014

Sur Le Garçon et le Monde - J'ai bien aimé ce long métrage faussement naïf, aux graphismes enfantins et à la musique enjouée. Genre manifeste anticapitaliste pour les nuls. Efficace !
— Cèbe, 13/06/2014

précédemment

Le Royaume des Rêves et de la Folie

Yume to Kyoki no Oukoku est un documentaire sur le studio Ghibli et le trio sans lequel il n'existerait pas: Miyazaki, Suzuki, Takahata. Filmé pendant près d'un an dans le studio Ghibli "principal", on suit principalement la production de Le Vent se Lève tandis que celle de Princesse Kaguya a lieu dans un studio secondaire. On verra donc beaucoup plus Miyazaki et Suzuki pendant le documentaire. Ils ne se priveront pas de lancer quelques piques à leur aîné.

La "folie" du titre est finalement assez peu explorée mais témoigne tout de même de la maniaquerie de Miyazaki ("Voici comment on doit saluer") et ses angoisses. Il semble se livrer davantage que dans toutes les interviews et reportages que j'ai pu lire jusque là... On apprend ainsi qu'il ne peut dormir sans somnifères, qu'il est clair pour lui que le studio va disparaître ("c'est inévitable").

La folie côtoie effectivement les rêves, la contradiction d'un homme qui rêve de paix mais est passionné par les avions de guerre. Ce paradoxe se retrouve presque intégralement dans le film, jusque dans les détails d'une scène où le personnage principal offre un repas à des enfants orphelins, écho d'un épisode de la vie de son père qui était ingénieur aéronautique.

Il y a quelques longueurs, quelques scènes de contemplation pas forcément indispensables mais aussi des instants de toute beauté -- à tel point que je me suis demandé si ce n'était pas Takahata qui l'avait réalisé ;-) Un must pour les amateurs (et professionnels) de l'animation. Bill Plympton ne s'est d'ailleurs pas trompé et a assisté à la projection : The Kingdom of Dreams and Madness.

CMC 5 - Obsession

Encore une belle fournée ! Les incidents techniques n'ont pas entamé notre enthousiasme. Mais la fatigue s'installe et communiquer l'enthousiasme, bah... Vous savez, quoi... glump... zzzZZZzzz...

Allez, voici mes deux préférés :

  • Padre,
  • the Obvious child.

Peut-être Cèbe aura plus de courage que moi ?

-- etbougekobe

La session commence avec Cheatin' de Bill Plympton, les incidents techniques émailleront toute la séance, vendredi 13 oblige. Lorsque la salle s'obscurcit enfin, Ex Animo. Un verre tombe, et le principe de causalité impose donc que des créatures dessinées sur papier s'entredéchirent jusqu'à ce que le verre casse. L'animateur Polonais était fâché d'être à sec !

Rainy Days, la pluie, une femme, le mont Fuji, la bombe. Ce sont les souvenirs entremêlés d'un Japonais qui se rend sur une île étrangère. Joli mais pas très clair. S'en suit un court aux Poils, dans lequel la pilosité et érotisme ne font qu'un. Changement de registre complet avec Padre. Le père en question est loin d'être un saint mais un général Argentin sous la dictature. Sa vieille fille s'en occupe jour après jour tandis que le peuple libéré réclame mémoire et vérité. Le court se termine sur des films d'archives, une tendance de cette année au festival.

1000 Plateaux (2004-2014) a été réalisé à temps perdu dans une voiture en attendant les acteurs, réalisateurs, etc... sur des scènes de tournage. La musique jazzy permet de ne pas complètement s'endormir sur cet abstrait que nous avons pu voir 1.5 fois. J'ai décroché sur La Tête dans les Nuages. Joli, mais le propos m'échappe. Je n'ai rien compris au Japonais Anomalies. Ce n'est pas le jeu des anomalies mais plutôt celui de la normalité absente.

Brut est aussi brut que son nom l'indique en terme de graphisme et d'animation sur papier brouillon. En revanche le récit vu du point de vue d'un chien de femme juive durant l'Allemagne nazie est très bien mené. Un petit prix ? En tout cas mon préféré dans la sélection.

On termine sur le WTF The Obvious Child dans lequel un lapin est témoin d'un carnage. La petite fille qui se trouve là ne semble pas y être étrangère. C'est un joyeux bazar morbide et non sens anglais pur jus. L'animation est intéressante au travers notamment de l'utilisation d'images "dé-focusées". Si quelqu'un connaît le terme technique exact, ça m'intéresse ;-) That's all Folks!

-- Cèbe

CMC 4 - En Chemin

Une sélection intéressante, plurielle, et, euh... Les pronostics seront difficiles.

Voici mes 3 préférés :

  • Hasta Santiago. Sûrement le plus joyeux de la sélection (oui oui, ça existe). Nous suivons notre héros sur le chemin de Compostelle. Il y rencontre toutes sortes de personnages sur la route. C'est beau, bien fait, rafraichissant.
  • La Maison de poussière. Une vieille dame quitte à contre-cœur son appartement d'un HLM voué à la destruction. Les mâchoires des machines réveillent les souvenirs de l'immeuble. Ce court aussi "fait le job" : il est joliment fait, l'histoire est conduite, a un dénouement. Efficace.
  • A Recipe for Gruel est probablement celui qui a le plus retenu mon attention. Ici, on détourne le format "recette" - celle où on met 100 g de pâtes et 2 cs de sauce à la tomate - pour raconter le quotidien rude d'une femme sans le sou. Sans oublier l'interlude musical. 20/20 !

-- etbougekobe

CMC 3 et 4 - かめはめ波

Je laggue un peu et j'ai donc décidé de regrouper deux programmations qui de toute façon s'enchaînent à merveille. Voyons plutôt ce que les organisateurs diaboliques avaient en stock pour nous:

Hipopotamy. Une poignée de femmes et d'enfants se baignent dans une rivière. Un groupe d'hommes qui les observent en cachette décident de les approcher d'une manière extrêmement violente, comme s'ils s'étaient inspirés du comportement des hippopotames. Dernier court de la sélection 3. Un Polonais qui nous dit: j'ai grandi dans le bloc de l'Est et je vais vous le faire payer. Note : J'aime bien les Polonais(es) mais là quand même, il enfonce le clou. Âmes sensibles s'abstenir, parce que les enfants et les cailloux, ça va pas ensemble.

Eager est une danse macabre menée par des personnages en forme de spectres, d'animaux et de squelettes qui se métamorphosent et se multiplient en explorant les concepts de la vie et de la mort. Premier court de la sélection 4 avec des chiffons sales puis de la pâte à modeler en forme de à peu près tout et souvent des trucs pas très sympa. J'ai bien aimé quand même.

Il faut dire qu'avant le Polonais il y avait un autre court que je n'avais pas vu venir (mais assez connu/polémique selon Elo), Beauty. Une collection d’œuvres de maître animées avec Photoshop, durant 589256 millisecondes avec une musique lancinante pour accompagnement. Bingo du court !

Reprenons maintenant le programme dans l'ordre. 365 c'est 1 seconde d'animation par jour pendant 1 an. C'est loufoque, décalé, non sens, mais aussi un peu lassant après le mois de Juin. Patch c'est du pixel art avec des carreaux peints et ma foi ça rend plutôt bien, un autre exercice de style.

Dans la catégorie récits, nous avons Grace Under Water, une histoire d'ado rebelle avec des poupées, un très bon choix question malaise / mal-être. Histoires de bus déride un peu l'atmosphère avec cette femme d'âge mûr décidant de devenir chauffeuse d'autobus scolaire. Retour à une ambiance pesante voire malsaine dans Simhall (Piscine) où une marionnette jument désabusée est aux prises avec deux loups dont un dépressif et des souris cleptomanes qui volent de l'acide (chlorhydrique). Through the Hawthorn confronte un patient schizophrénique, sa mère et un psychiatre et combine plusieurs techniques d'animation selon le point de vue. Intéressant comme un documentaire.

Sélection n°4. Hasta Santiago est le récit de voyage de l'année et ma fois il est plutôt réussi et bien mené. Le Retour des Aviateurs est un court estonien de 16 minutes mais ça va. On apprend même une ou deux positions du kamasutra. Beaucoup plus sage, Vaghti Bacheh Boudam explore les peurs d'enfants suscitées par les parents pour les tenir éloignés du danger. J'avais un peu peur au début (animation en sable) mais finalement c'était plutôt mignon.

La Recette du Gruau où l'humour anglais bien grinçant. Ne pas oublier sa bible ! Alfred Jarry & les Pataphysiques est un documentaire loufoque sur la vie de l'auteur de Ubu Roi. Très sympathique. Phantom Limb (le Membre Fantôme) est un court sur la culpabilité et le handicap plutôt bien réalisé. Enfin, La Maison de poussière raconte l'histoire d'une ancienne occupante d'un HLM délabré en cours de démolition. Elle s'introduit imprudemment dans les ruines pleines de souvenirs. ça m'a un peu rappelé la Maison en Petits Cubes mais en moins émouvant. Très bien réalisé par contre.

Mon préféré dans tout ça ? Euh, bingo !

The Last Hijack

J'ai montré précédemment mon obsession pour l'inclusion d'images réelles dans les films d'animation, eh bien ici, il est plutôt question d'inclusion d'images animées dans un documentaire portant sur la piraterie moderne.

Ce film raconte la vie de Mohamed, pirate somalien, et revient sur ses choix, l'influence sur son entourage (un apport d'argent) et inversement (l'inquiétude de sa famille), la question de la survie... L'animation prend le relais lorsqu'il s'agit de montrer les sentiments et les souvenirs.

Ce film réussit le tour de force de nous exposer la situation sans tomber dans la simplification (le bien, le mal). Les pistes de réflexion et perspectives sont posées, c'est habile.

Je regrette qu'il n'y ait pas eu un peu plus d'images animées.

En fouillant sur le net, je découvre également que ce film sera une expérience transmedia avec une version interactive "coming soon online".

Un cristal ? Ce serait audacieux !

-- etbougekobe

Asphalt Watches

Au moment où j'écris ces lignes, soit 12h après le visionnage d'Asphalt watches, je ne sais toujours pas quoi penser de ce film.

J'ai failli être impressionnée par les commentaires peu élogieux et la salle qui se déleste de quelques spectateurs. Mon plus gros moment de doute, c'est au premier quart d'heure du film : "et s'ils avaient raison ? Je m'obstine peut-être pour rien ?". Mais j'ai tenu bon et j'ai bien fait ! Asphalt watches raconte le périple canadien de deux autostoppeurs, les deux réalisateurs (true story !), et les rencontres qu'ils font sur la route. J'ai ri gras, j'ai été blasée, j'ai perdu un peu d'attention lors de la scène du karaoke, je me suis ravisée "quand même, la technique sert à merveille cette histoire sous LSD...". Comme dans Lisa Limone ja Maroc Orange (LMC3), il y a pas mal de chants. Ceux-là sont plutôt des petites phrases anodines, ânonnées en boucle. Mange de la pizza, pizza, pizza...

Je me suis attachée à ce film original et orignal (on n'en croise pas, c'est pour l'image canadienne), sans savoir si c'est par empathie ou par sympathie.

Un cristal ? N'oublie pas de manger ta pizza, pizza, pizza...

-- etbougekobe

Sarusuberi - Miss Hokusai

L'intervention commence avec une bonne demi-heure de retard, le temps d'écouler une file qui traîne jusqu'au lac. L'animateur Dimitri Granovsky nous promet que la session n'en pâtira pas. Mouais... Nous sommes donc en présence de Francesco Prandoni et de Takanori Kobori du studio I.G. Francesco nous fait un long speech sur la vie d'Hokusai (La Grande Vague de Kanagawa. Tout le monde connaît. Si, si !) qui semble sorti de Wikipedia quand même. La troisième fille d'Hokusai était elle aussi une artiste accomplie au caractère aussi trempé que son père. ça ne devait pas être facile tous les jours !

Un manga nommé Sarusuberi raconte cette relation père-fille hors du commun. Le long métrage est une adaptation de ce dernier. Il est réalisé par Keiichi Hara (connu depuis Colorful mais je préfère Un été avec Coo) promet d'être intéressant et réaliste. Y nous raconte notamment la difficulté d'animer correcter un kimono -- il a fallu faire intervenir des mannequins mais point de motion capture, ici on fait tout à la main mon bon monsieur. On revient aussi sur la reconstitution des décors : Tokyo a été intégralement détruit deux fois et tout était construit en bois. Il a fallu se baser sur les peintures, estampes et textes d'époque pour saisir l'atmosphère d'alors, une sorte de Renaissance.

Malheureusement, le temps file et la session se termine. On aurait préféré moins de Wikipedia et plus d'anecdotes / extraits / images du film... Tant pis, on le verra l'an prochain au festival !

Le Garçon et le Monde

Le pitch tient en quelques mots : c'est le garçon et le monde.

Sous les traits naïfs de dessins d'enfants, ce petit garçon découvre tous les aspects de notre monde moderne : l'empreinte de l'Homme sur notre planète, l'industrialisation, l'urbanisation, ... Jusqu'à la métaphore des oiseaux qui s'affrontent : l'oiseau noir, issu de la machinerie militaire et l'oiseau multicolore, issu de la liesse populaire. Le point de départ est la poursuite d'un père absent, mais c'est bel et bien lui-même que le petit garçon rencontre au cours de ce parcours initiatique.

J'ai été charmée par le trait et les couleurs qui servent le propos. Des petits détails charmants comme les sons capturés dans des boîtes rendent le film attachant. J'ai été en revanche moins cliente du voyage de ce garçon : une succession de beaux tableaux ponctués par un carnaval bigarré et musical. J'ai l'impression que l'on reste en surface (ouh ! La pollution, c'est mal !).

Comme pour Lisa Limone ja Maroc Orange (LMC3), des images réelles sont intégrées au film. Là encore, ce n'était pas nécessaire. Peut-être ne suis-je pas très réceptive pour les séances de 14h ? Un cristal ? Oh, il a déjà eu pas mal de prix par ailleurs...

-- etbougekobe

CMC2 - La pendule s'arrête

Chez les sélectionneurs, on est taquin. Je ne suis pas la seule à avoir remarqué le fil rouge de la pendule entre "Don't hug me I'm scared" et dans un tout autre style "Man on the chair". Ni la proximité dans le titre avec "La Chair de ma chère"...

Je vais vous parler de mes 3 préférés :

  • Man on the chair, donc. Et cette grande question : ne serions-nous pas le fruit de notre propre imagination ? J'ai adoré le dessin !
  • La Petite casserole d'Anatole est enquiquinante et le rend différent. Heureusement, Anatole reçoit de précieux conseils pour apprendre à vivre avec. C'est charmant !
  • Horse, une véritable pépite ! Un OFNI qui se dévore du début à la fin, car chaque image supplémentaire nous donne une clé. Le tout en 5 images de cheval au galop. Vous n'avez rien compris ? Allez le voir !

-- etbougekobe

Ça commence fort avec Don't Hug Me I'm Scared 2 (Time), qui reprend les codes de la marionnette pour enfant (muppet show, 1 rue sésame) pour mieux les éreinter. Un peu déjà vu tout de même.

On fait quand même pas mal dans l'introspection dans cette seconde sélection nettement moins accessible que la première. Horse m'a fait penser à Hotline Miami plus qu'à mon petit poney, pour sûr. Il se finit toutefois plus vite. Passons rapidement sur Hotzanak, for your Own Safety (la phobie des aéroports) et Heir to the Evangelical Revival (la phobie des religions). Je me demande si je vais pas devenir poneyphobique, tiens.

J'ai retrouvé plusieurs références à David Lynch (voulues ou non ?) dans La Chair de ma Chère maman disparue. Une histoire assez dérangeante en pixel art bizarre. On bascule carrément dans l'horreur gothique avec Le Modèle de Pickman, une bonne adaptation d'une courte nouvelle de Lovecraft que je me rappelle avoir lu il y a loooooongtemps.

La Petite Casserole d'Anatole s'échappe de la sélection, avec son approche assez pédagogique et bon enfant. Dans le récit autobiographique léger, on note Ma Moulton et Moi qui parle aussi un peu de différence avec cette fillette qui veut être normale dans une famille d'architectes peu conventionnelle.

-- Cèbe

L'Île de Giovanni

1945, le Japon vient de perdre la guerre. Junpei, un garçon de dix ans et sa famille vivent sur la petite île de Shikotan, à l'extrême nord-est du Japon. Le quotidien des habitants se trouve bouleversé lorsque des troupes soviétiques débarquent sur l'île... Malgré la tension, une complicité s'installe entre Junpei et une jeune fille russe nommée Tanya. Mais la réalité brutale de l'occupation s'interpose bientôt entre eux.

Cette fiction est basée sur les témoignages de personnes ayant vécu sur l'île au moment de l'occupation soviétique, un pan d'histoire assez méconnu même pour les Japonais. L'introduction de séquences oniriques autour du fameux train galactique dans la voie lactée de Kenji Miyazawa allège cette histoire dramatique.

Sans parti pris ni propagande malvenue, le réalisateur Mizuho Nishikubo dépeint les liens familiaux et amicaux de cette époque trouble sans tomber dans le piège du pathos ni de la diabolisation. Techniquement, le film est sobre et bien animé, sans fioriture, avec un graphisme assez typé. Au final, un beau film emprunt de paix et d'espérance.

Leçon de Cinéma avec Isao Takahata

La séance est brièvement ouverte par Marcel Jean qui nous annonce que pour une fois, on peut enregistrer ou filmer la séance. ça tombe plutôt bien, car j'ai pris un enregistrement audio quasiment inaudible que j'ai péniblement décrypté par la suite... La séance est animée par Xavier Kawa-Topor et la traduction assurée par Ilan Nguyên, deux grands spécialistes de l'animation en général et de l'animation japonaise en particulier. Le producteur (depuis peu retraité) Toshio Suzuki est présent dans l'audience mais ne participera pas aux échanges.

Xavier résume la carrière du maître et ses influences. Isao Takahata est largement moins connu que son ami et rival Hayao Miyazaki. C'est pourtant Takahata qui lancera la carrière de Miyazaki, en produisant notamment Nausicäa de la Vallée du Vent puis en co-fondant le studio Ghibli. C'est également lui qui a découvert Joe Hisaishi, une autre figure incontournable du studio. Il rappelle que Takahata est un grand francophile, admirateur de Paul Grimault et notamment de La Bergère et le Ramoneur (devenu plus tard Le Roi et l'Oiseau). Qu'il a étudié la littérature française et traduit Prévert (chapeau !). Qu'il serait dommage enfin de résumer sa carrière à l'immense Tombeau des Lucioles.

Une bande annonce de Kaguya-hime est ensuite projetée. Takahata monte sur scène. Extraits choisis :

  • Sur l'histoire du coupeur de bambous
    • "Le conte de la Princesse Kaguya est un texte millénaire connu de tous les Japonais. Cependant, nous ne comprenons pas vraiment les tenants et aboutissants. Nous ne savons pas ce qui motive le personnage principal, ni pourquoi elle agit comme elle le fait. Mais la force symbolique de cette histoire est très forte."
    • "Pour ces raisons c'est une histoire très difficile à adapter. J'ai eu le projet d'adapter ce conte en dessin animé il y a 50 ans. J'avais trouvé une solution pour rendre l'histoire claire sans la simplifier. Malheureusement le projet n'avait pas vu le jour. Bien sûr, il n'aurait pas du tout ressemblé à ce que vous voyez aujourd'hui. Au bout de 50 ans, je suis très satisfait du résultat."
    • "J'ai dû compléter l'histoire pour la rendre cohérente, trouver une motivation pour l'héroïne, expliquer des faits obscurs dans le récit originel. Par exemple, d'où vient la culture de cette jeune fille née à la campagne."
    • "Je n'aime pas le titre français, le Conte (en français dans le texte) parce que mon intention n'était pas de réaliser un conte de fées. Mon idée est de raconter la vraie histoire derrière cette histoire. Ce n'est pas de la fantasy (en anglais dans le texte). Toutes mes histoires sont ancrées dans notre monde réel, et non dans un monde imaginaire qui ressemblerait au notre. Depuis toujours, je cherche le réalisme."
  • Sur les personnages
    • "C'est très compliqué de représenter l'intériorité des personnages. Décrire l'hésitation, les atermoiements, les sentiments que l'on arrive pas à contrôler. C'est un sujet qui m'intéresse depuis toujours."
  • Sur les influences
    • "Frédéric Back a été très important dans ma recherche stylistique, et surtout son court métrage Crac (1981). Je pense à la scène de danse des villageois. On dirait que le peintre peint les mouvements en temps réel, ce qui est bien sûr impossible. C'est comme si le peintre avait réussi à capturer tous les mouvements image par image."
    • "La peinture a aussi joué un grand rôle. La peinture Japonaise, les estampes bien sûr, mais aussi les peintres Français comme Cézanne. Dans ses dernière peintures, il laisse de grands espaces non peints tout en conservant un équilibre extraordinaire. J'ai commencé à utiliser cette idée dans Omoide Poroporo (Souvenirs goutte à goutte) pour les scènes de souvenirs qui ont de nombreux blancs, espaces vides."
    • "Les histoires occidentales sont différentes des histoires Japonaises. C'est sans doute dû à l'influence du Christianisme, ce qui fait que les histoires sont en général assez éloignées des histoires Japonaises. Cependant, on retrouve une familiarité Japonaise dans certaines œuvres, comme Father & Daughter de Michael Dudok de Wit.
    • "Néanmoins Kaguya Hime ne cherche pas à référencer un style particulier. Ce qui est important c'est s’inspirer du croquis, de l’esquisse, c’est-à-dire d’un geste tracé dans l’instant, comme une étape intermédiaire. Pour saisir un instant donné et le partager."
    • "Dans ma jeunesse, j'ai vu Jeux Interdits, film qui a souvent été cité comme une influence pour le Tombeau des Lucioles. J'ai été marqué par la scène où les enfants creusent une tombe. Ils mentionnent tout ce qu'ils vont mettre dans la tombe et la fillette de 5 ans dit "les hommes" (en français dans le texte). Elle marque une pause alors qu'elle est prise par l'ampleur de ce qu'elle vient de dire. C'est un moment qui m'a bouleversé."
  • Sur la réalisation du long métrage
    • "J'ai pu m'appuyer sur des talents extraordinaires du studio tels que Kazuo Oga et Osamu Tanabe. Ce sont deux génies dont la présence est essentielle pour Ghibli."
    • "L'objectif était de faire comme si le dessin venait d'être tracé de manière spontanée devant vous. Le problème avec cette technique était de conserver un style homogène, une continuité de l'animation, une unité surtout dans les séquences avec beaucoup de mouvements."
    • "Une scène se distingue particulièrement par son énergie et son impact (le vol sous la Lune, partiellement visible dans la bande annonce). J'avais eu l'idée de faire un autre film basé sur Heike Monogatari (le dit des Heike) qui se déroule dans un Japon médiéval violent. C'est là que j'ai trouvé l'inspiration, l'élan pour cette séquence centrale dans le film."
  • Sur la musique
    • "J'ai écrit le texte de la ritournelle que l'on écoute à plusieurs reprises dans le film. C'est une musique qui exprime le thème général, une musique qui donne un mouvement circulaire: tourne, tourne, roue à eau. La musique était sur un rythme ternaire et il a été difficile de passer à un rythme à 4 temps."
    • "Je connais Joe Hisaishi depuis très longtemps mais je ne voulais pas travailler avec lui alors qu'il travaillait déjà pour Miyazaki. Cela ne me semblait pas opportun, pas intéressant. Cependant les circonstances ont fait qu'une telle collaboration est devenue possible et je suis très heureux du résultat." (Pour donner un peu plus de contexte : un autre compositeur avait été annoncé pour le film mais il a été remplacé au pied levé par Hisaishi en Janvier 2013, soit quelques mois avant la sortie prévue du film. Par ailleurs Hisaishi était très occupé en 2013, ce qui se ressent à mon humble avis dans la BO qui est très belle mais assez minimaliste.)
  • Sur le futur
    • "Je ne sais pas si Kaguya-hime sera mon dernier film ou non. Si toutes les conditions financières, artistiques, inspirations étaient réunies je pourrais encore faire un film."
    • "Je ne sais pas ce que va devenir le studio Ghibli. Il y a d'autres personnes plus à même de répondre à la question, mais je ne suis pas cette personne."

Ouverture - Le Conte de la Princesse Kaguya

La cérémonie d'ouverture fait dans la sobriété cette année, on est plus dans les frasques de Serge ! Marcel Jean remet à Isao Takahata un cristal d'honneur pour sa longue carrière animée (tonnerre d'applaudissements). Takahata sensei se fend d'un petit discours en Français, puis Toshio Suzuki fait une brève apparition elle aussi couronnée d'applaudissements. Le tout en un petit quart d'heure. C'est que le film dure 2h20 tout de même !

Le Conte de la Princesse Kaguya est un grand classique de la littérature Japonaise dont l'origine remonte à plus d'un millénaire. Un vieux couple découvre un bébé dans le creux d'un bambou et décide de l'adopter. L'enfant grandit très vite pour devenir une magnifique jeune fille qui s'épanouit au contact de la nature environnante. Le vieux coupeur de bambous découvre alors de l'or et des kimonos à l'intérieur d'autres arbres. Il décide de déménager dans la capitale pour y mener une vie à grand faste et marier sa fille. Mais Kaguya dépérit dans cette grande ville où tout semble faux, y compris les sentiments de ses prétendants...

L'animation est absolument magnifique, une succession d'aquarelles et d'estampes à tel point que le style éclipse parfois une histoire qui s'étire en longueur; c'est en somme un film qui prend son temps et refuse sciemment les gimmicks narratifs habituels. Takahata prend le contre-pied de ses films précédents, plutôt réalistes, dans cette épopée fantastique. Un peu comme s'il avait inversé les rôles avec Miyazaki dont le dernier film (Le Vent se Lève) était lui aussi très éloigné des précédents.

CMC 1 - Invocation

En voilà une belle sélection ! Invocation est l'histoire sanglante de la revanche de l'ours en peluche. Celui-ci en a assez d'être maltraité image par image et par le pouvoir de la bobine ancestrale, il va s'émanciper violemment. Original et bien réalisé, il est tout à fait dans le ton de la bande annonce "pulp horror" de cette année. On retrouve l'ours sadique dans Sang de Licorne en compagnie d'un compagnon névrosé. Ils chassent leur proie préférée : la licorne. Mais la légende dit que si la dernière licorne vient à être tuée, le monde changera à jamais. Devinez ce qui est arrivé ? On est pas chez les Bisounours !

Dans un tout autre registre Wonder revient aux racines de l'animation fait main dans un festival de couleurs et de formes. La bande son peut prétendre à un prix, à mon avis. La danse continue dans La Faillite, un court rythmé qui se passe de commentaires.

Les autres courts font plutôt dans le récit classique (et classieux ?). Le Sens du Toucher est un Folimage pur jus et une belle réussite artistique, tout comme Sneh (Neige) et Nul poisson où aller. Que des primables en puissance !

Cheatin'

Cheatin' avait déjà fait parlé de lui l'an dernier, au moment où Bill Plympton lançait un appel à financement participatif pour son dernier long. 1 an après et après plus de 100 000 $ récoltés, le voici en compétition pour notre plus grand plaisir.

Avec Bill, on sait à quoi s'attendre : pas de dialogue, trait crayonné, corps aux muscles décomposés, et... un chien.

N'empêche, j'ai été émue par le terrain qu'il explore grâce à l'animation et qui ne serait pas possible avec de la chair et des os (ouaf !).

J'ai été cueillie par cette histoire d'amour : sa naissance en auto-tamponneuse, sa progression dans les chaussons en peluche, et ses anicroches dans les bras d'une autre. Ella et Jack traversent ainsi tous les sentiments, parfois en un battement de cil.

Je ne me suis pas ennuyée une seconde et moi aussi j'ai été secouée sur mon fauteuil (au sens figuré, n'est-ce pas). Et on le sait : on n'est pas au meilleur du confort aux Haras...

Un cristal ? Ce serait mérité ; d'autant que son dernier, c'était pour les Mutants de l'espace...

-- etbougekobe

Lisa Limone ja Maroc Orange - tormakas armulugu

J'avoue, j'ai ouvert mon officiel pour retrouver le titre original de Lisa Limone et Maroc Orange, l'express love story.

J'avoue aussi, lundi après le déjeuner, et bercée par les nombreuses chansons du film, j'ai piqué mon petit roupillon pendant la séance (ça promet pour le reste de la semaine).

J'avoue enfin, je n'ai pas du tout été touchée par la love-story, mais légèrement plus par le destin de ces oranges migrantes vers l'Europe, contraintes de travailler dans une plantation de tomates, tenue par des citrons intransigeants. Il est à noter que le citron a des propriétés astringentes, mais ça, c'est une autre histoire.

La diffusion d'images réelles en fin de film n'était pas franchement nécessaire (document sur Lampedusa), nous avions déjà bien compris le message au début. J'aurais bien coupé au montage aussi l'intervention de la tomate balafrée.

J'ai aussi beaucoup pensé à Dancer in the Dark. Quand les choses sont dures à vivre, l'héroïne bascule en mode "comédie musicale" : les couleurs deviennent vives, le geste devient rythme et le chant jaillit. C'est le cas pour Maroc Orange.

Bref, j'y suis allée à reculons et je me félicite d'avoir un si bon feeling, je n'ai pas été emballée. Un cristal ? Euh... Il y a mieux, non ?

-- etbougekobe

Minuscule - La Vallée des Fourmis Perdues

Contrairement à ce que le titre laisse croire, la véritable héroïne de ce long métrage est une coccinelle qui n'a pas froid aux yeux ! A la suite d'une altercation avec un gang de mouches, Choupette* est séparée de sa famille et croise le chemin d'une fourmi noire. Cette dernière vient de trouver un fabuleux trésor : une boite de sucre. Choupette décide d'accompagner la fourmi et son équipe jusqu'à la fourmilière. Mais le chargement ne passe pas inaperçu, et le clan des fourmis rouges convoite la précieuse marchandise...

(* prénom choisi au hasard. Le film étant muet et les insectes n'ayant en général pas de prénom, toute ressemblance avec des personnages existants ou ayant existé ne serait que pure coïncidence.)

L'histoire est assez simple et prétexte à parodie -- notamment la séquence avec l'araignée qui tombe un peu comme un cheveu dans la toile. Cependant les personnages sont attachants et l'animation très réussie. Ajoutons de chouettes décors dans les Alpes de Haute-Provence et cela donne un long métrage rafraîchissant. Le prix du Public n'est pas loin !

Brèves d'Annecy 2014

Quelques informations glanées ici et là pour un festival qui s'annonce bien !

  • Pas de pays invité cette année (ou alors j'ai mal cherché). Cependant l’animation en volume (stop-motion) sera à l'honneur cette année.
  • Fin des billets papiers pour les accrédités ! Les badges seront scannés à l'entrée de la salle entre 30 minutes et 10 minutes avant le début de la séance.
  • Le Conte de la Princesse Kaguya (Kaguya-hime no Monogatari) sera projeté lors de la cérémonie d'ouverture en la présence de son réalisateur, l'immense Isao Takahata. Il recevra à cette occasion un Cristal d'honneur pour l'ensemble de sa carrière. Il avait déjà reçu un cristal pour Pompoko en 1995, c'est à dire "avant-hier" si on considère que son précédent film Mes voisins les Yamada est sorti en 1999.
  • Un autre long métrage Japonais fera partie de la compétition officielle, il s'agit de L’île de Giovanni (Giovanni no Shima), basé sur une histoire vraie avec toutefois l'influence du fameux Train de nuit dans la Voie Lactée de Kenji Miyazawa. J'ai plutôt un bon à priori.
  • Le prochain Pixar sera aussi dévoilé: Inside Out de Pete Docter. Le film devrait sortir en Juin 2015.
  • Dragons 2 sera projeté durant le festival.